L’éthique en coaching de santé : une boussole pour une pratique juste et responsable

Conférence du 24 avril 2025
Par Annick Dulion – Docteure en pharmacie, coach de santé et superviseuse.

Dans cet article, issu de la conférence du 24 avril 2025 pour l’ACDS, je vous propose d’explorer les fondements et les applications concrètes de l’éthique en coaching de santé.

Pourquoi parler d’éthique ?

Dans un monde traversé par de profondes mutations – numériques, sociales, écologiques et médicales – l’éthique s’impose comme une boussole précieuse.
En tant qu’individus, elle éclaire nos choix, nos responsabilités, nos manières de vivre et d’agir. En tant que professionnels engagés dans la relation d’aide, elle prend une dimension particulière, en raison des enjeux humains qu’elle implique. Enfin, en tant que coachs de santé, elle s’avère indispensable dans la mesure où nous exerçons un métier nouveau, encore peu connu et en proximité du monde médical qui est soumis à des exigences spécifiques et à un cadre réglementaire rigoureux.

1. L’éthique : bien plus qu’un cadre moral

Le mot « éthique », issu du grec ethikos (le caractère), renvoie au comportement de l’homme dans la cité. Depuis l’Antiquité, des philosophes comme Aristote ont pensé l’éthique comme une recherche du juste, au service d’une vie bonne.

Aujourd’hui, l’éthique est une démarche de réflexion sur les valeurs qui orientent nos décisions et nos actions, en tenant compte de leurs conséquences.
Contrairement à la morale – souvent héritée de l’éducation ou de la culture – et à la loi – imposée par les institutions –, l’éthique relève du discernement personnel et professionnel. Elle invite à faire « le mieux possible » dans une situation donnée, en tenant compte des personnes concernées, du contexte et des enjeux. Elle ne juge pas : elle éclaire.

Elle est à la fois individuelle (guidée par nos valeurs personnelles) et collective (ancrée dans des normes sociales ou professionnelles). Le défi consiste à naviguer entre ces repères intimes et les attentes d’un collectif, entre la singularité des parcours de chacun et les valeurs universelles qui fondent une pratique responsable.

2. De l’éthique à la déontologie : poser un cadre commun d’exercice

Si l’éthique inspire, la déontologie structure. Issue du grec deon (devoir), la déontologie formalise les règles éthiques dans un cadre applicable, accessible et opposable. Dans le domaine de la santé, les codes de déontologie sont intégrés au Code de la santé publique. Ils ont une valeur juridique et sont appliqués par les ordres professionnels compétents.
Dans le champ du coaching, les codes des fédérations (ICF, EMCC, SFCoach) reposent sur une adhésion volontaire. Bien qu’ils n’aient pas force de loi, ils sont opposables aux membres et peuvent servir de référence devant un tribunal, notamment pour évaluer le respect du devoir de confidentialité.

Pour les coachs de santé, un code de déontologie spécifique a été rédigé dès 2020, fruit d’une collaboration entre Jean-Luc Monsempès et moi-même. Ce texte prend en compte les spécificités de notre métier : proximité avec le soin, interactions avec les professionnels de santé, risques de confusion des rôles.

Signer ce code engage le coach à respecter :

  • Les limites de son champ de compétence,
  • L’interdiction d’exercer illégalement la médecine ou la pharmacie,
  • L’obligation d’orientation vers des professionnels qualifiés,
  • La confidentialité des échanges,
  • L’exigence de formation continue et de supervision.

3. L’éthique comme protection du coaché et du coach

Loin d’être un carcan, l’éthique est une protection. Elle offre au coach un socle solide pour traverser la complexité de l’accompagnement.
Elle lui permet :

  • De maintenir une distance juste dans la relation,
  • De clarifier sa posture et ses limites,
  • De faire face à des demandes déraisonnables ou à des projections,
  • D’éviter toute dérive ou confusion de rôle.

Elle protège également la personne accompagnée : en garantissant un cadre sécurisé, un accompagnement respectueux de son rythme, de ses choix et de sa dignité.
Le coach de santé n’est pas là pour décider à la place du coaché ce qui est bon pour lui. Il l’aide à faire émerger sa propre clarté, en adoptant une posture neutre, bienveillante et compétente.

4. Une éthique vivante, confrontée à la réalité du terrain

L’éthique ne reste pas dans les textes. Elle se vit dans chaque séance, dans chaque décision, dans nos attitudes comme dans nos silences.
De nombreuses situations nous confrontent à des questionnements ou à des dilemmes :

  • Un client demande un avis médical insistant : comment rester dans son champ de compétence ?
  • Une personne en détresse refuse toute aide extérieure : quelle attitude adopter ?
  • Une coachée en rémission d’un cancer souhaite reprendre rapidement le travail malgré une grande fatigue : faut-il la soutenir dans son élan ou l’aider à évaluer ses limites ?
  • Une personne révèle son intention d’interrompre brutalement un traitement : comment gérer cette information ?
  • Une relation d’accompagnement devient trop affective : comment poser des limites ? Face à ces situations, le coach doit s’interroger :
    • Cette décision est-elle conforme au code de déontologie ?
    • Respecte-t-elle l’intégrité de la personne ?
    • Quelles en seront les conséquences ?
    • Est-elle alignée avec mes valeurs professionnelles ?

Ces questions ne donnent pas toujours lieu à des réponses simples. Elles exigent du recul, des outils de réflexion, un espace de supervision et d’échange. Elles demandent de revisiter notre posture, de reconnaître nos biais (compétence, influence…), et de nous appuyer sur les principes fondamentaux : respect, bienfaisance, autonomie, justice.

Conclusion :

L’éthique, une exigence quotidienne.
En coaching de santé, l’éthique est bien plus qu’un principe : c’est une boussole. Elle ne s’impose pas d’en haut, elle se construit dans la pratique, dans la remise en question, dans la formation continue et la supervision.
Être un professionnel éthique, c’est accepter de se poser les bonnes questions, de reconnaître les zones de doute, de chercher – avec rigueur et humanité – la posture la plus juste dans chaque situation.
En tant que coach de santé, notre légitimité et notre crédibilité reposent sur notre capacité à incarner à la fois nos compétences professionnelles et nos valeurs profondes.

Continuons ensemble à faire vivre cette éthique, avec clarté, exigence et engagement, au cœur de notre pratique.